Al-Mahzarhân, la maison de tous les dieux
À l'est de l'Hégémonie, par-delà la frontière la plus disputée du continent, s'étend Al-Mahzarhân — une des plus vieilles civilisations de ces terres, et de loin la plus riche. Là où l'Hégémonie est jeune, dure et certaine, Al-Mahzarhân est ancienne, plurielle et sûre d'une autre manière : celle des peuples qui ont déjà tout vu. Ses vallées chaudes, ses forêts et ses savanes nourrissent des cités de pierre claire et de jardins, vieilles de mille ans, où l'on tient le commerce, l'étude et la mesure pour les plus hautes vertus. On y vient de tout le continent acheter le verre, les teintures, les épices et les livres — et l'or du monde y a depuis longtemps ses habitudes.
Mais ce qui en fait l'ennemie naturelle de la Flamme Droite n'est pas sa richesse : c'est sa foi. Al-Mahzarhân ne prie pas un dieu — elle les prie tous. Dans sa capitale, Qadhmar la cité aux mille temples, Aranya, Hathora, Nethuns, Mnemora, Mithradin, jusqu'à Velm le sans-visage ont chacun leur seuil, et l'on passe de l'un à l'autre sans y voir d'offense. Pour le Mahzarhânais, aucun dieu n'a raison seul ; la sagesse est de les tenir tous en équilibre, comme une cour. Aux yeux des inquisiteurs, cette tolérance même est l'abomination suprême — pire qu'une fausse foi, une foi qui refuse de choisir.
Il y a là une ironie que peu savent goûter : seuls les Mahzarhânais nomment Maul à voix haute. Dans leurs temples, le dieu de la domination a son autel comme les autres — non pour qu'on l'adore, mais pour qu'on le reconnaisse et qu'on s'en garde, car on ne se protège pas d'un dieu qu'on feint d'ignorer. Ainsi le peuple que l'Hégémonie traite d'impie est le seul du continent à appeler Maul par son nom, pendant que la croisade, elle, le nourrit en jurant ne pas le connaître.
Al-Mahzarhân n'est pas un trône mais une mosaïque : de vieilles maisons princières, chacune maîtresse de sa cité, liées sous un souverain de mesure, le Hân, qu'elles élisent autant qu'elles le subissent. C'est sa force et sa faille. Sa force : une profondeur que nul coup ne peut entamer d'un seul coup — trop de cités, trop d'or, trop de bras, et de quoi louer les compagnies des Marches quand il le faut. Sa faille : la lenteur, la division, l'art de débattre pendant qu'on saigne. L'Hégémonie le sait, qui ne l'attaque pas de front : elle ronge les provinces de la frontière, en convertit les princes un à un, et compte sur les querelles des autres pour ne jamais les voir s'unir.
Mais le temps des grignotages touche à sa fin. Une province de la frontière vient de tomber — son prince, converti ou acheté, a ouvert ses portes à la Flamme Droite —, et cette fois Al-Mahzarhân ne peut plus feindre de ne pas voir. L'inquisition masse ses colonnes à l'est ; à Qadhmar, les maisons du poing réclament la guerre quand la Hân joue encore le temps. Tout le continent retient son souffle : la guerre ne tient plus qu'à une étincelle — un convoi pillé, un temple brûlé, un ambassadeur de trop —, et nul ne sait laquelle des deux puissances la jettera la première.
EN BREF — Capitale : Qadhmar, la cité aux mille temples (à l'est de Solvenne) · Géographie : vieilles cités de vallées chaudes, forêts et savanes ; richesse de commerce et de savoir · Régime : confédération de maisons princières sous un souverain élu de mesure, le Hân · Dirigeant : la Hân Yusra, lettrée, qui tient l'équilibre des maisons à bout de bras · Relations : grande rivale et proie convoitée de l'Hégémonie d'Aurane (la frontière la plus chaude du continent, aujourd'hui au bord de la guerre ouverte) ; commerce avec tout le monde · Renommée : la maison de tous les dieux, la tolérance faite loi, le verre et les livres de Qadhmar, le seul peuple qui nomme Maul · Accroche : une province-frontière qui bascule, un prince qu'on a converti ou acheté, une ambassade à la cour des mille temples, une cargaison de larmes du voile qui transite par l'est ; une étincelle de guerre à allumer ou à éteindre.
