Aubeterre, la côte des villes blanches
Sur la côte de l'est, là où la lumière du sud fait blanchir la pierre, s'étend Aubeterre — une petite et vieille principauté de villes blanches, de vignes et d'oliviers, de collines de maquis qui sentent le thym et descendent vers une mer calme. Le climat y est doux, la terre généreuse, la vie lente et plaisante : c'est le joli coin de l'est, où l'on vient pour le vin, pour le soleil, et pour la beauté des choses.
Trop petite pour être une puissance, Aubeterre ne tient ni par les armes ni par l'or, mais par l'art de plaire et de s'entendre — et, surtout, par le mariage. Depuis des générations, ses maisons ont marié leurs enfants dans chaque cour de l'est, si bien que le sang d'Aubeterre coule dans la moitié des veines nobles du continent : on ne fond pas sur la terre dont sont issus ses propres cousins, et un mot glissé à une noce y pèse plus qu'une ambassade. Elle est, de fait, la cave et le verger ensoleillés de Récifs d'Argent, sa grande voisine : elle lui vend son vin et son huile, et les nobles comme les riches de la Guilde y tiennent des villas où ils passent l'été. Avec Eäraloth, au nord, elle troque le vin contre les chevaux et la laine ; vers le sud, elle regarde d'un œil inquiet la guerre couver à Pierregris, accueille les exilés de la frontière, et vend prudemment à tout le monde. Les nefs de la Marée font escale à ses quais, et la contrebande dort dans ses criques.
Mais sous le soleil et les guirlandes, Aubeterre est tout intrigue. C'est la cour la plus mondaine du continent — salons, fêtes, rivalités de maisons, mariages arrangés —, où une alliance ou un affront se noue entre deux danses, et où la moindre noce pèse plus qu'une bataille. La princesse Mévanne y règne sur un nid de drama nobiliaire dont les remous remontent jusqu'à la cour de Récifs d'Argent. On y sourit beaucoup ; on s'y poignarde du regard. Rien, à Aubeterre, n'est jamais aussi tranquille qu'il en a l'air.
Et puis il y a les hauteurs. Loin des quais et des salons, dans les collines de maquis, s'accrochent de vieilles abbayes de pierre dorée, parmi les cyprès et les vignes en terrasses — des ordres contemplatifs où les grandes familles envoient depuis toujours leurs cadets, leurs veuves et leurs disgraciés, et où des érudits de tout l'est viennent lire et copier loin du monde. Ces moines des hauteurs ont une autre passion que la prière : déchiffrer les étranges inscriptions que l'on trouve gravées un peu partout dans l'arrière-pays — sur de vieilles pierres au bord des sentiers, aux murs mêmes des abbayes —, vestiges d'une langue que nul ne lit plus. Ils s'y usent les yeux depuis des siècles, et l'on dit qu'aucun n'en est jamais venu tout à fait à bout.
EN BREF — Lieu : Aubeterre, petite principauté de la côte est, entre Récifs d'Argent (sud) et Eäraloth (nord), voisine de Pierregris (sud) · Géographie : côte méditerranéenne douce — villes blanches, vignes et oliviers, collines de maquis, rivières ; pas de relief, climat chaud et clément · Régime : principauté aristocratique — une vieille maison princière et un nœud de familles nobles · Dirigeant : la princesse Mévanne, fine marieuse · Économie : vin, huile, fruits et miel ; villégiature des riches ; un peu de cabotage et de contrebande · Relations : annexe ensoleillée et dépendante de Récifs d'Argent ; troc avec Eäraloth ; inquiète de la guerre à Pierregris ; escales de la Marée · Abbayes : de vieux ordres contemplatifs dans les collines, où les familles placent leurs cadets et où des érudits déchiffrent d'antiques inscriptions · Renommée : ses villes blanches, son vin, son soleil, ses intrigues de cour — et les abbayes et inscriptions illisibles de son arrière-pays · Accroche : un mariage qui décide d'une succession, un exilé de la frontière à protéger, une rivalité de maisons qui dégénère, un secret de cour à vendre — et d'étranges inscriptions de l'arrière-pays à relever et à déchiffrer, où mènent-elles ?
