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Codex · Factions & Guilds

la Lanterne d'Or

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Il n'est pas un bourg d'Ostrevan où l'on n'ait entendu parler de la Lanterne d'Or — et beaucoup ont fait des lieues pour la voir. C'est la plus fameuse troupe de comédiens du continent : un grand chariot doré qui se déplie en théâtre, des lampes qui s'allument à la nuit, et le temps d'une soirée, une place de village devient le monde entier. On y rit, on y pleure, on y reconnaît ses rois et ses dieux sous le fard. Quand la Lanterne arrive, le travail s'arrête et les auberges se remplissent.

Mais la Lanterne d'Or a une seconde réputation, qui fait la moitié de sa légende : ses comédiens sont aussi des aventuriers — et des bons. Ce n'est pas un hasard. Les arts de la scène sont ceux de l'aventure : qui sait se grimer passe une garde ; qui danse sur des tréteaux danse sur un toit ; l'escrime de théâtre tue pour de vrai quand il le faut ; et un barde qui tient une salle tient aussi un sort. Entre deux villes, la troupe prend des « commissions » — retrouver une chose, porter un mot, sortir quelqu'un d'un mauvais pas —, et l'on dit que ses plus grands rôles sont ceux qu'aucun public n'a jamais vus.

Leur force tient à une chose simple : on les laisse passer partout. Un comédien aimé franchit les frontières qu'une armée ne force pas. La Lanterne joue devant les rois d'Al-Mahzarhân comme dans les cours de ferme des Marches ; elle traverse la guerre de l'est sous les vivats des deux camps ; et la Flamme Droite elle-même, qui brûle tant de monde, n'ose toucher à la troupe que ses propres fidèles adorent. Là où nul espion, nul marchand, nul prêtre ne peut entrer, la Lanterne entre — par la grande porte, et sous les applaudissements.

Ils sont une poignée, chacun deux fois maître de son art — et, à eux seuls, un petit Ostrevan. Il y a Orfeo, le maître de troupe, premier rôle et capitaine, qui mène la scène comme l'expédition ; Esmée, dite la Première, demi-elfe et premier rôle féminin, dont la beauté et la voix font tomber les salles — et parfois les portes — d'amour ; Carmine, la naine qui joue les tyrans et les traîtres, et dont la lame de théâtre est la plus vraie du continent ; Finette, danseuse-acrobate halfeline qui escalade les décors comme les murailles ; Pignon, machiniste gnome qui fait voler les dieux au-dessus de la scène et ouvre les serrures réputées sûres ; et le vieux Sylvène, comédien elfe qui a vu jouer chaque pièce jamais écrite, dont les airs sont parfois de vrais sortilèges, et qui se souvient de chaque secret qu'on a cru enterrer. Humains, demi-elfes, nains, halfelins, gnomes, elfes : on s'aime sur les tréteaux de la Lanterne comme nulle part ailleurs — et c'est peut-être pour ça qu'on l'accueille partout.

La Lanterne d'Or se réclame d'Hathora, qui chante contre l'oubli ; et c'est plus qu'une dévotion de façade. Une troupe qui va partout et qu'on accueille partout voit tout, retient tout, et porte d'une ville à l'autre les histoires que les puissants préféreraient voir mourir. On vient pour le spectacle ; on repart, sans toujours le savoir, avec une vérité de plus.