la Vallée du Crépuscule, le bois des dryades
À l'ouest, dans une vallée encaissée, s'étend un bois qui n'appartient à personne — ou plutôt qui n'appartient qu'à lui-même : la Vallée du Crépuscule. La lumière y est toujours basse, dorée et grise, ni tout à fait le jour ni tout à fait la nuit, comme si l'heure s'y était arrêtée au seuil du soir. Les cartes la peignent comme un royaume, avec des bornes et un nom ; mais nul roi n'y règne, nul peuple n'y bâtit. C'est une forêt souveraine, un morceau du vieux monde sauvage resté maître chez lui.
Car le bois est gardé. On l'appelle le bois des dryades, et le nom dit vrai : il est tenu par les esprits des arbres et une cour féerique aussi ancienne que la forêt, sous l'œil d'Aranya dont c'est ici le sanctuaire le plus jaloux. Au cœur de la vallée se dresse le Tremble-Mère, l'arbre des arbres. Le bois n'est pas un lieu d'horreur ; il est simplement un autre ordre des choses, où l'humain n'est qu'un hôte.
Ce qui rend la Vallée du Crépuscule à part, ce n'est pas qu'on n'y entre pas : c'est que l'on sait exactement que ce lieu doit être respecté. On laisse des offrandes à la lisière — du lait, du sel, un premier fruit ; on ne coupe pas les arbres ni n'y chasse les bêtes. En échange, le bois laisse vivre ceux qui campent à ses portes, et leur donne parfois sans qu'ils demandent : un gibier qui se laisse prendre une année de disette, une source qui ne tarit pas, une herbe qui sauve un enfant. C'est un pacte, vieux et clair ; tant qu'on le tient, le Crépuscule est un voisin paisible. Qu'on le rompe — une pierre déplacée, un téméraire qui veut exploiter la forêt —, et le bois s'éveille : les lisières marchent, les bêtes changent d'humeur, et l'imprudent ne ressort pas, ou ressort pour raconter ce qu'on prend pour de la folie.
Il y a là le dernier cœur battant d'un âge que le reste d'Ostrevan a oublié : celui d'avant les temples et le panthéon, quand le monde était plein d'esprits qu'on nommait et qu'on craignait. La légende endormie de Mahl, à Cap-des-Loups tout proche, en est un écho lointain ; et ce sont les vieux sangs de l'ouest — nomades des plaines, rebouteux, gardiens d'offrandes — qui savent encore, seuls, parler à la lisière sans offenser. Quand un village a besoin du bois, ou en a peur, c'est l'un d'eux qu'on envoie.
Le monde, pourtant, presse de partout. Cap-des-Loups se vide, et la faim pousse des désespérés à braconner la lisière et à voler du bois marqué. Les Conclaves de Sarn, eux, convoitent en savants la vieille magie de la vallée et son crépuscule qui défie l'horloge du ciel. Le pacte tient encore. Mais il n'a jamais été aussi sollicité.
EN BREF — Cœur : le Tremble-Mère, l'arbre-souverain où siège l'Aînée des dryades (à l'ouest, vallée encaissée) · Géographie : forêt tempérée profonde en crépuscule perpétuel, landes et froidure aux marges ; entre Cap-des-Loups (sud), Tombelongue et les Cités Franches (ouest), Sarn (est), Sylvonde (nord) · Nature : pas un État — forêt souveraine tenue par les dryades et une cour féerique, sacrée à Aranya · « Dirigeant » : l'Aînée et sa cour ; nul pouvoir humain · Relations : voisine paisible tant qu'on respecte le pacte (offrandes, arbres et bêtes qu'on épargne) ; convoitée par les Conclaves · Renommée : le bois interdit des fées, le crépuscule qui ne finit pas, les vieilles voies de l'ouest · Accroche : un pacte rompu et un bois qui s'éveille, une lisière à apaiser, un proche entré et pas ressorti, un savant des Conclaves qui veut « comprendre », une relique que l'Aînée garde et que d'autres convoitent.
