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Codex · Factions & Guilds

les Cent Visages

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On ne sait pas comment ils s'appellent eux-mêmes, alors on les a nommés à leur place : les Cent Visages — parce qu'on ne leur en connaît jamais deux fois le même, et que là où leur dieu en porte mille, eux se contentent de cent. Certains disent les Sans-Face ; d'autres la Treizième, celle des Faces de Velm que toutes les autres jurent ne pas connaître. Ils se réclament du Masque qui Tombe, et nul ne peut dire s'ils sont vraiment l'une de ses cellules ou simplement quelque chose qui a trouvé commode de porter son masque. Eux ne démentent ni ne confirment. C'est déjà une réponse.

Officiellement, c'est un service de renseignement qui se loue — la meilleure agence d'espions du monde connu, et la plus chère. Mais on ne les engage pas : on les intéresse. Ils choisissent leurs contrats comme un chat choisit où s'asseoir, prennent l'or quand l'or les arrange, un secret quand un secret vaut mieux, et refusent parfois les mains pleines pour rendre, ailleurs, un service que personne n'a demandé. Un prince les paie une fortune pour démasquer un traître ; six mois plus tard, le même travail se fait gratuitement contre son voisin, et nul ne sait pourquoi.

Leur art, c'est de devenir n'importe qui. Un page fraîchement embauché, un confesseur, une lavandière, le marchand de vin qui livre la garnison depuis dix ans — n'importe lequel peut être à eux, et souvent l'est. Ils n'arrachent pas les secrets : ils s'installent à côté et attendent. Manipulation, déguisement, corruption patiente — une dette de jeu ici, une lettre compromettante là — ils retournent les gens avant même que ceux-ci sachent qu'on les a approchés. Quand ils frappent, ce n'est jamais à l'épée : c'est un mot glissé à la bonne oreille, au bon moment, et un trône vacille.

Ils sont la peste des puissants qui ont des choses à cacher — c'est-à-dire de tous les puissants. Un roi peut lever une armée contre une armée ; il ne peut rien contre une rumeur qui sait. Aussi les craint-on dans tous les palais, et les hait-on : on a tué leurs agents, brûlé leurs relais, offert des fortunes pour une seule de leurs vraies têtes — sans jamais la trouver, car la tête qu'on prend n'est jamais la bonne, et le lendemain le réseau respire comme si de rien n'était. Beaucoup de ceux qui ont juré leur perte sont tombés les premiers, démolis par un secret qu'ils croyaient enterré.

Reste la seule question qui compte, et à laquelle nul n'a de réponse : que veulent-ils ? Ils amassent des secrets bien au-delà de ce qu'aucun contrat n'exige, tissent des réseaux dont l'utilité n'apparaîtra que dans dix ans, plantent des agents dans des cours qui ne les paieront jamais. On y a vu le caprice d'un dieu qui s'amuse ; le long ouvrage d'un seul maître qu'aucun membre n'a jamais rencontré ; ou rien du tout — une machine qui espionne pour le plaisir d'espionner. Ceux qui les ont approchés de trop près disent seulement qu'on n'entre pas chez eux, qu'on y est cueilli ; qu'aucun n'en connaît plus de deux ou trois autres ; et que tous, jusqu'au dernier, semblent obéir à quelque chose qu'ils ne nomment jamais.