Les âges de Vaelis
Vaelis ne compte pas son temps depuis le commencement — nul ne sait quand fut le commencement. Elle le compte depuis le premier royaume durable des hommes — celui qui fonda le monde présent : c'est l'An 0, et l'on est aujourd'hui aux alentours de l'An 827. Une seule frise porte tous ses peuples — nains, elfes, hommes — et tous ses âges : elle remonte, à de larges siècles près, jusqu'à ~An -2000. Les âges les plus anciens — ceux des elfes et des nains, puis le premier empire perdu des hommes — sont légendaires, leurs dates approximatives, et les chants s'y contredisent ; tout se précise à mesure qu'on approche du présent. Seules les vieilles légendes hors-temps (telle la Crue des Morts) restent à part de cette frise.
LES ÂGES LÉGENDAIRES (elfes, nains, premiers hommes — dates approximatives, à de larges siècles près) :
- Avant toute date — les dieux : Mithradin, le premier (celui des serments et de ce qui dure, la première forme arrachée au chaos du Substrat, sous qui les autres sont liés) ; Anubel, le doux guérisseur, dit le premier à fouler Ostrevan — étrange présage, pour le visage dont la Flamme a fait un brasier.
- ~An -2000 — la domination naine : le peuple de la pierre règne seul au monde depuis les montagnes (Karn-Vorr au cœur des pics, Yrmfell la haute, le Trône d'Os gardant les cols), un long âge de roc et de serment ; de lui viennent aussi la souche des orcs et des gobelinoïdes.
- ~An -1800 — le débarquement elfe : venus de par-delà la mer, les elfes élèvent des cités de pierre pâle jusqu'au nord — la Cité de Lune, tournée vers les deux lunes, est le joyau de leur âge.
- ~An -1500 — la grande discorde : une guerre d'un âge entre les nains établis et les elfes qui croissaient ; les vieux chants en gardent l'écho sans s'accorder sur rien.
- ~An -1300 — la paix, la concorde et le reflux : la guerre brisée non par les armes mais par le Roi-sous-la-Montagne et la Dame de Lune, dont l'entente scelle le premier serment juré entre la pierre et les flots (d'où la foi naine en Mithradin). Suit un bref âge d'échange — routes et grand-halls nains contre savoir elfe, œuvres mêlées —, et les elfes marchent même aux côtés des nains contre les premières hordes orques, le serment payé en sang. Puis, la concorde à son faîte, les elfes refluent pourtant vers le sud, à Luthael, abandonnent leurs œuvres et laissent s'éteindre la Cité de Lune — pourquoi, après le sang versé côte à côte, eux seuls le savent.
- ~An -1250 — le débarquement des hommes : venus de par-delà l'horizon de l'est (d'où, nul ne le sait — le plus grand des mystères), ils abordent aux Récifs du Silence et s'y heurtent aux gobelinoïdes ; le foyer reste petit et à l'écart, le dos au continent, la face vers une mer vide.
- ~An -1220 — le passage sur le continent : une génération plus tard, une première vague passe des Récifs au rivage du continent même — là commence vraiment l'âge des hommes sur Ostrevan, qui se répandent d'abord en tribus barbares, sans cité ni roi, errant des siècles durant à travers les ruines des âges anciens.
- ~An -900 — Oramyr, le premier empire des hommes : né des tribus barbares mais bâti sur la magie seule — ses mages-rois, les Diadèmes, puisent leur art droit dans le Substrat (le chaos sous le Voile). Trois siècles durant, ils couvrent le continent de cités et d'œuvres que nul depuis n'a su refaire.
- ~An -600 — la chute d'Oramyr : à puiser trop profond, les Diadèmes sont saisis par ce qu'ils tiraient — possédés, dévorés par le Chaos —, et l'empire se consume en une poignée d'années. Restent ses ruines, semées par tout Ostrevan : la plus vieille leçon du monde et la plus oubliée, que le Substrat dévore qui le touche de trop près — dont le Défait et Moltesia ne seront que l'écho.
- ~An -300 — l'âge nain déclinant, les orcs prennent enfin aux nains Yrmfell, le Trône d'Os, qu'ils n'ont jamais rendu — la forteresse d'où, un jour, ils déferleront (cf. An 381).
- Après Oramyr — des siècles obscurs : le monde retombé en petits royaumes épars, sans mémoire claire ni unité. De cet âge effacé datent quelques-unes des plus vieilles civilisations encore debout :
- ~An -180 — à l'est s'élève Al-Mahzarhân, l'une des plus anciennes.
- ~An -150 — les Récifs essaiment, sur l'autre versant de leur île, le royaume forestier de Silooth, leur grenier scellé.
DÈS LORS, L'HISTOIRE SE COMPTE EN ANNÉES :
- An 0 — sur le continent s'établit le premier royaume qui dura vraiment : c'est de lui qu'on date le monde présent, car de lui sortit tout le reste ; à partir de l'An 150, sa grande expansion peuple le continent d'un bout à l'autre.
- ~An 80 — l'Empire d'Orvane : du premier royaume naît le seul grand empire qu'Ostrevan ait porté depuis Oramyr (et le seul dont l'histoire garde clairement le nom), voué à Orvane la Gerbe d'Or — dieu des moissons et de l'opulence.
- ~An 120-300 — l'Âge d'Or d'Orvane : un siècle et demi de paix, de grandes routes, d'art et d'abondance, les nains pour alliés.
- ~An 150 — l'étalon d'Orvane : au fort de l'Âge d'Or, l'Empire frappe la première monnaie commune, la couronne d'or, et trace les grandes routes ; sa monnaie survivra à sa chute, et l'on comptera encore en couronnes des siècles après la mort du dieu.
- An 257 — le premier pacte des royaumes humains avec les nains de Karn-Vorr : alliance prudente, jamais vassalité ; dans son sillage s'ouvre le grand commerce du fer et de l'acier nains.
- ~An 295-315 — le Long Crépuscule : des années de soleil terni et de récoltes mortes, dont nul ne sut la cause, juste avant la chute de l'Empire — on en compta les années « du Crépuscule ».
- ~An 320 — la chute d'Orvane : l'Empire s'effondre et son dieu meurt avec lui — Orvane, soudain sans fidèles ni fastes, s'éteint comme un grenier qu'on vide : première mort de dieu dont on garde mémoire, et preuve que les dieux aussi peuvent finir. De là, la mosaïque éclatée des puissances, que nul n'a jamais su refaire — car le dieu qui l'aurait bénie n'est plus.
- ~An 350 — la fondation de la Ligue de la Marée, quand les cités-ports, affranchies par la chute de l'Empire, se confédérèrent.
- ~An 350 — à l'autre bout du monde, à l'extrême est, les Récifs du Silence se figent dans leur forme durable : la République des Capitaines, où le conseil de ceux qui ont commandé élit le Grand Capitaine.
- ~An 360 — le Pacte des Quais : la Ligue de la Marée scelle la franchise de ses ports — libre circulation, mêmes poids et mesures, sauf-conduit du marchand — et fait des cités-ports le cœur commerçant du continent.
- An 381 — la Grande Descente de Yrmfell : pour une fois les tribus orques s'unirent et déferlèrent, et il fallut une coalition pour les briser ; depuis, on remercie les dieux qu'elles se détestent entre elles.
- ~An 410 — la Route des Cols : la grande route terrestre reliant les forges de Karn-Vorr aux ports de la Ligue s'ouvre et se garde ; le fer et l'ouvrage nains descendent vers la mer, le grain et le sel des hommes remontent vers la pierre — l'axe qui enrichit les deux peuples.
- ~An 450 — la Peste Grise : un mal lent et silencieux — fièvre rampante, peau grise, les atteints qui s'effacent dans leur sommeil — qui vida des villages entiers ; on n'en réoccupe pas les hameaux morts, et toute fièvre qui dure réveille la peur de son retour.
- ~An 480 — la Lettre des Compagnons : chez les marchands de la future Guilde des Compagnons naît la lettre de change ; on commerce enfin au loin sans convoyer l'or, et la grande banque marchande prend son essor.
- ~An 500 — l'union d'Hauteroche par mariage, dont la couronne tint trois siècles.
- ~An 540 — le premier Défait connu : un mage dévoré par le Substrat, le premier dont on se passa le nom en silence — l'avertissement qui fit naître les cercles.
- ~An 560 — la Concorde de Hauteroche : au sortir d'une guerre commerciale entre cités, un congrès des couronnes humaines fixe les usages diplomatiques — ambassades permanentes, immunité des hérauts, arbitrage des litiges — qui tiennent encore.
- ~An 580 — la naissance des Conclaves, les cités-mages.
- ~An 600 — les premiers contacts soutenus avec Khareth, par-delà la Mer Pâle, au sud-est.
- An 623 — la Catastrophe de Moltesia : l'archimage Caldris, dévoré par le Substrat, figea sa cité en une nuit ; depuis, Sarn rationne chaque sort.
- ~An 635 — le Traité de la Mer Pâle : douze ans après Moltesia, le premier accord formel avec Khareth ouvre la route du sud-est — épices, soieries, étrangetés —, mais sous quotas que chaque bord surveille d'un œil méfiant.
- ~An 685 — la Charte de Récifs d'Argent : la Guilde des Compagnons y obtient ses monopoles et pose son grand livre ; Récifs d'Argent devient la capitale de fait du commerce, et le banquier des rois.
- ~An 690-720 — la lente chauffe de la Flamme : l'Église d'Aurane durcit en État-machine, noyautée par l'Emprise (les disciples de Maul, dès ~An 700).
- ~An 740 — l'Embargo de la Flamme : la guerre montant à l'est, l'Hégémonie ferme ses détroits et taxe le commerce d'Al-Mahzarhân ; l'étranglement économique précède de vingt ans les premières Croisades.
- ~An 760 — les premières Croisades de la Flamme grignotent les provinces d'Al-Mahzarhân : la grande rivalité de l'est et de l'ouest s'allume.
LA MÉMOIRE VIVE. Et l'on touche au présent, qui brûle :
- ~An 790 — le mensonge de Frère Anselme, « Anubel se meurt », qui changea la douceur en terreur sainte.
- An 795 — la mort du roi Aldous et la guerre de succession d'Hauteroche.
- ~An 824-827 — la Montée de la Flamme : les croisades s'enchaînent, l'Hégémonie devient la puissance montante, et la guerre menace à l'est contre Al-Mahzarhân.
- An 827 — aujourd'hui.
Sur tout cela pèsent des questions que nul ne tranche : d'où viennent les hommes, et qu'ont-ils fui à l'est ? pourquoi les elfes refluèrent-ils au sud, et que garde leur Luthael — close à tout non-elfe depuis aussi loin qu'on s'en souvienne, dont nul du dehors n'a jamais su la raison ni ce qu'elle cache ? Et par-delà les océans dorment d'autres inconnus que les âges n'ont pas encore nommés — la Rive Muette à l'ouest dont nul navire ne revient, Khareth au sud-est, les Glaces de Brann au nord.