Pierregris, la marche de pierre grise
À la couture des deux empires, là où la jungle chaude descend vers la mer, s'étend Pierregris — une marche frontalière de pierre grise sous un couvert vert. Son nom vient de sa roche : un grès gris et dur qui affleure partout, dont sont faits ses collines, ses vieux murs et la moindre de ses bourgades. Longtemps Pierregris a relevé d'Al-Mahzarhân, au sud, et en porte partout l'empreinte : on y prie les mille dieux, on bâtit, on s'habille et l'on parle à la manière de Qadhmar, et son prince paie tribut au Hân comme une maison de plus de sa mosaïque. Mais l'Hégémonie la presse à l'ouest, et la voilà devenue l'enjeu où la grande guerre peut prendre feu.
C'est un pays chaud et humide, de forêt pluviale et de rivières lentes, qui vit du bois dur, des résines et des teintures de sa jungle, et de ses carrières de pierre grise. Mais la forêt cache plus vieux qu'elle : sous les lianes dorment les ruines grises d'un peuple oublié, des murs et des degrés taillés dans le même grès que les collines, que nul ne sait dater ni nommer. Les gens de Pierregris n'en approchent guère — on dit que la jungle les a repris pour de bonnes raisons.
Et le vieux peuple gris n'a pas tout à fait disparu. Parmi les Mahzarhânais de Pierregris vit un autre sang, plus ancien : les Cendrés, une caste close de forgerons à la peau grise et aux yeux pâles, qu'on dit héritiers de ceux qui bâtirent les ruines. Ils vivent à part, dans leur quartier muré de la capitale, parlent peu, ne se marient qu'entre eux, et gardent jalousement l'art qui les rend irremplaçables : nul ne forge le métal de Pierregris comme un Cendré. On les courtise, on les craint un peu, on ne les comprend pas. La vieille Vohra, maîtresse de la forge, parle pour eux quand ils daignent parler — et l'on dit qu'aucun prince n'a jamais commandé aux Cendrés, seulement négocié.
Aujourd'hui tout se joue sur sa loyauté, et la cour s'en déchire en silence. Trois partis tirent le prince Halim : les fidèles du Hân, qui veulent tenir avec Al-Mahzarhân ; ceux de la Flamme, menés par le cousin du prince, l'ambitieux Nahir, qui prêche tout bas la soumission — la paix, et peut-être le trône, à qui ouvrira les portes ; et un courant plus rare qui rêve d'une Pierregris libre, ne devant plus rien à personne. La Flamme courtise et menace, promettant à Halim la paix s'il cède et le bûcher s'il s'obstine ; le Hân le presse de tenir. Halim joue le temps, sourit aux deux camps, et n'a pas encore choisi — ou ne le dit pas. Car chacun sait que le jour où Pierregris bascule, la frontière entière s'embrase.
EN BREF — Lieu : Pierregris, marche frontalière de la côte est, entre Al-Mahzarhân (sud) et l'Hégémonie (ouest) ; voisine d'Eäraloth (nord) · Géographie : jungle chaude et humide, forêt pluviale, rivières et côte ; collines de pierre grise, peu de relief · Régime : principauté, vieille maison vassale d'Al-Mahzarhân et profondément mahzarhânaise de culture (mille dieux, mœurs, bâti) ; aujourd'hui en équilibre entre les deux empires · Dirigeant : le prince Halim, tiraillé entre trois partis (le Hân, la Flamme menée par son cousin Nahir, l'indépendance) · Économie : bois durs, résines et teintures de la jungle ; carrières de pierre grise ; un travail du fer plus fin qu'on ne l'attendrait d'une marche · Relations : courtisée et menacée par la Flamme, retenue par le Hân ; l'étincelle possible de la grande guerre · Renommée : sa pierre grise, sa jungle, les ruines grises d'un peuple oublié — et les Cendrés, sa caste close de forgerons gris · Accroche : un prince qu'on pousse à trahir, une ambassade de la Flamme ou du Hân, une expédition aux ruines grises, une cargaison qu'Al-Mahzarhân escorte avec trop de soldats pour de la simple pierre.
