Rive-de-Lune, au pied des ruines elfiques
Au nord, sur une côte que baigne la mer de la Lune — ainsi nommée parce que nulle part ailleurs les deux lunes ne se reflètent si pleinement sur l'eau, pavant la mer d'argent les nuits claires —, se dressent les vastes ruines pâles d'une cité elfique plus vieille que toute mémoire. Les anciens elfes l'avaient bâtie là, dit-on, justement pour cette lumière : une cité de pierre claire tournée vers les lunes, dont les tours captaient leur reflet comme un second ciel. On l'appelle aujourd'hui la Cité de Lune, car son vrai nom s'est perdu avec le peuple qui l'éleva — disparu voici un âge, laissant un labyrinthe de tours, de salles et d'escaliers qui s'enfoncent plus loin que nul n'a jamais cartographié.
À son pied se blottit Rive-de-Lune — la rive sous la cité morte —, une petite ville de planches et de boue qui n'existe que pour les ruines : ici, tout le monde les fouille, ravitaille ceux qui le font, achète ce qu'on en sort, ou l'étudie. Équipeurs, receleurs, érudits, mercenaires, tavernes qui ne ferment jamais — une foule rude de chercheurs de fortune venue de tout le continent, attirée par le seul négoce qui fait d'un gueux un prince en une nuit, ou un cadavre qu'on ne retrouve pas.
Car les ruines rendent des merveilles. Les reliques elfiques — objets d'une facture impossible et d'une magie vieille et profonde — valent des fortunes : les Conclaves les convoitent, la Guilde les achemine, et pour un seul éclat mages, rois et collectionneurs surenchérissent. Cette cité que nulle carte ne respecte est ainsi la source de presque tous les artefacts elfiques du continent, et bien plus riche que ses rues de boue ne le laissent croire. Mais chaque relique se paie en dessous : les vieux sortilèges de garde tuent encore, des choses bougent dans le noir, et les salles profondes sont, pour la plupart, une porte à sens unique. On y compte sa fortune en saisons survécues.
Il n'y a pas de roi à Rive-de-Lune, seulement un ordre rude bâti autour des ruines : la Charte des Fouilleurs, vieux pacte des grandes compagnies de fouille et des receleurs qui leur achètent, qui répartit les concessions, tranche les litiges et se fait respecter à coups de lames louées. Cela tient, à peu près, parce que tout le monde veut la même chose. La seule ombre sur tout cela, ce sont les elfes. Tous, sans exception, désapprouvent ce qu'on fait ici. Lorsqu'un elfe de Luthael passe — chose rare —, il met en garde, gravement, presque suppliant : qu'on cesse de creuser, qu'on laisse la Cité de Lune à son sommeil ; et plus d'une expédition trop profonde a vu, dit-on, ses cordes tranchées dans le noir, ses cartes brouillées, un guide elfe surgi de nulle part pour la détourner du seuil. Mais jamais ils ne viennent en force, jamais ils ne réclament les ruines, jamais ils ne font plus que prévenir et entraver à la marge — comme s'ils ne le pouvaient pas, ou n'en avaient pas le droit. Les fouilleurs haussent les épaules : superstition d'elfes, jalousie de vieux peuple. Et personne ne se demande assez longtemps pourquoi un peuple qui désapprouve à ce point se contente, malgré tout, d'avertir.
EN BREF — Lieu : Rive-de-Lune, petite cité côtière du nord, sur la mer de la Lune, adossée aux ruines elfiques de la Cité de Lune · Géographie : côte de forêts tempérées où les deux lunes se reflètent sur la mer ; au sud, le royaume nain de Karn-Vorr · Régime : pas d'État — la Charte des Fouilleurs (compagnies de fouille et receleurs) fait la loi · Économie : la fouille des ruines et le négoce des artefacts elfiques — la source du continent, malgré sa taille · Foi : panthéon classique, et une crainte superstitieuse des ruines · Relations : vend ses reliques aux Conclaves, à la Guilde, aux mages et aux rois ; voisine de Karn-Vorr ; tous les elfes désapprouvent et entravent les fouilles, sans pouvoir faire plus qu'avertir · Renommée : la Cité de Lune et ses trésors elfiques, la mer d'argent sous les lunes, les fortunes faites et perdues en une saison · Accroche : une expédition dans les ruines, une relique maudite à écouler ou à reprendre, une concession disputée, un fouilleur qui n'est pas remonté, un acheteur des Conclaves trop curieux, un elfe venu mettre en garde — ou saboter — une fouille de trop.
