Silooth, le royaume des bois scellé
À l'extrême est d'Ostrevan, sur la même grande île que les Récifs du Silence mais sur l'autre versant, s'étend Silooth — un royaume de bois épais retranché derrière un rempart que nul n'a bâti : ses falaises. Car là où la côte des Récifs s'endort sur une mer d'huile, celle de Silooth fait tout l'inverse : la mer s'y rue, hargneuse, fendue de courants qui changent sans prévenir et jettent les coques contre la pierre. Pas de rade, pas de grève, pas de mouillage — rien qu'une muraille de roc battue d'une houle qui tue, où chaque saison ajoute ses épaves au pied de la falaise. Une même île, et deux mers qui se valent en traîtrise : l'une vous garde, immobile, jusqu'à ce qu'il ne vous reste rien ; l'autre vous broie avant même que vous n'ayez touché terre. Aussi n'aborde-t-on jamais Silooth par sa face : son seul accès praticable est l'autre rivage, celui des Récifs — et c'est pourquoi le royaume des bois vit, depuis toujours, le dos à une mer qui ne veut pas de lui.
Scellée par ses falaises, Silooth ne regarde que ses bois — un royaume vert et clos de bûcherons et de chasseurs, qui vit de la forêt et pour elle. Et de cette forêt vit aussi sa seule voisine : les Récifs du Silence, qui ne produisent rien sur leur caillou, mangent et se gréent grâce à elle. Bois, grain et viande descendent par l'unique passe vers le rivage calme, et remontent en sel, en fer et en nouvelles d'un monde où les Siloothiens ne mettent jamais les pieds. Les marins qui courent toutes les mers et le royaume qui ne quitte jamais ses arbres tiennent l'un par l'autre : nul ne saurait dire, des deux, lequel est la geôle de l'autre.
Officiellement, Silooth n'a pas de roi : elle est tenue par le clergé de Nethuns. Cela surprend, qu'un dieu de la mer règne sur un royaume de bois ; mais nulle part Nethuns ne montre deux visages aussi nus qu'ici — la mer d'huile qui retient, la houle qui broie, le calme et la colère, ses deux mains refermées sur une seule île. On le prie sur les deux versants : au grand Sanctuaire des Récifs face au large, et sous les futaies de Silooth où ses prêtres tiennent la loi. C'est cette foi partagée qui tient le royaume des bois tout contre sa voisine : un même dieu sur les essarts et sur les passes, un même clergé qui veille le temple et les coupes, et entre les deux rives passent ensemble le bois, le grain — et la même dévotion silencieuse. Un royaume sans roi, sous une mitre, sur une île qu'on n'aborde pas : on y parle bas, on y regarde beaucoup, et ceux qui pèsent trop sur ces bois, ou posent trop de questions, ont une manière de se taire pour de bon.
EN BREF — Nation : Silooth, royaume forestier de l'île de l'extrême est ; l'intérieur boisé, derrière ses falaises ; partage l'île avec les Récifs du Silence, son unique accès au monde · Géographie : forêts épaisses (tempérées et pluviales) et clairières ; une côte de falaises battue de courants violents qui brisent les navires — l'envers exact de la mer d'huile des Récifs ; on n'aborde l'île que par le rivage calme des Récifs · Régime : théocratie — le clergé de Nethuns tient le royaume, pas de roi · Foi : Nethuns, dieu de la mer et de l'horizon, partagé avec les Récifs (le lien entre les deux nations) ; on le voit ici sous ses deux visages, le calme qui retient et la fureur qui broie · Économie : bois et nourriture — Silooth grée et nourrit les Récifs, qui ne produisent rien ; en retour, sel, fer et nouvelles d'un monde où les Siloothiens ne vont jamais · Relations : symbiose étroite et close avec les Récifs du Silence (leur garde-manger, leur unique fenêtre) ; ignorée du continent, qu'elle ignore ; la double mer la garde mieux qu'aucune armée · Renommée : le royaume des bois scellé par ses falaises, sa côte qui tue, son clergé silencieux — et une rumeur qu'on n'ose pas dire tout haut · Ancienneté : l'un des tout premiers foyers humains (~An -150), essaimé par les Récifs comme leur grenier scellé — plus vieux que le premier royaume du continent · Accroche : obtenir passage par les Récifs jusqu'aux bois, traiter avec le clergé pour une coupe ou un grain, comprendre pourquoi les importuns s'y taisent, suivre sous les futaies une piste qui mène trop loin — ou ce qu'on chuchote y nicher.
