Sylvonde, le royaume du Grand Miroir
Au nord, entre de profondes forêts tempérées et de vastes landes, s'étend une mer que nul fleuve ne relie à l'océan : le Grand Miroir, une étendue d'eau douce si large qu'on n'en voit pas l'autre rive par temps gris. Sur son bord sud-ouest s'est bâti Sylvonde, un royaume de bois, de landes et d'eau — et l'une des rares puissances vraiment ordinaires de cette région, là où les voisins sont des clans sans roi, des cités-mages, un bois féerique et des plaines qui se vident.
Les gens de Sylvonde ne sont pourtant pas nés sur ces rives : ils descendent des mêmes clans de la mer que ceux de Hrodinmark, les pillards des fjords de l'ouest. Voici bien des générations, une vague de ces hommes-là remonta jusqu'au Grand Miroir et n'en repartit plus — et là où leurs cousins du rivage sont restés des clans divisés qui se déchirent, ceux-ci ont troqué la razzia contre la charrue et le fjord contre le lac, et bâti un royaume. Il leur en reste le goût de l'eau et des longues coques, l'honneur tenu pour sacré, et le culte des aïeux qu'on n'a jamais tout à fait abandonné sous le panthéon.
Le Grand Miroir est le cœur et la grand-route de Sylvonde. On y pêche en flottes, on y fait glisser sur des barges le bois des forêts et le grain des clairières, et le royaume entretient sur ses eaux une véritable marine — des galères d'eau douce, filles des longues nefs de leurs aïeux, qui tiennent les rives et escortent le commerce. La forêt donne le bois, le gibier et les fourrures ; les landes, les moutons et la tourbe ; la mer, le poisson et le passage. On n'y est pas riche comme à Récifs d'Argent, mais on y mange à sa faim, et c'est déjà beaucoup par ici.
Car Sylvonde est ce que peu de ses voisins peuvent se vanter d'être : un vrai royaume, vieux et stable. Une couronne que l'on respecte, des villes closes de murailles, une noblesse de forêt et de rive, des chevaliers — la maison de Hautrive règne depuis des siècles depuis sa capitale du même nom, posée sur la grève du Grand Miroir. On y tient la parole donnée, la justice du roi et la coutume pour les piliers du monde. Pour l'aventurier qui arrive des terres folles d'alentour, Sylvonde a le goût rare d'un endroit où les choses tiennent debout.
Mais le royaume vit aussi à l'ombre d'un voisinage qu'il ne nomme qu'à voix basse : au sud commence le bois des dryades, la Vallée du Crépuscule, et Sylvonde est de tous les royaumes humains celui qui en connaît le mieux les vieilles règles. Ses gens des marges savent quels arbres on ne coupe pas et quelles lisières on ne franchit pas ; ses rois, dit-on, n'ont jamais rompu le pacte que leurs aïeux passèrent avec ce qui habite la forêt. Et ce savoir n'est pas qu'affaire de tradition orale : à Hautrive, la bibliothèque royale garde la plus riche collection du continent sur les fées et les vieilles voies — chroniques des pactes passés avec le bois, relevés des coutumes des marges, et tout ce qu'on a pu recueillir des cultes chamaniques d'avant le panthéon, jusqu'aux bribes de la légende de Mahl. Les rares érudits qu'on y laisse entrer en ressortent rarement tout à fait rassurés. Sur l'autre rive du Grand Miroir, enfin, s'étend un autre royaume avec lequel on commerce et l'on se mesure d'une eau à l'autre — mais ceci est une autre histoire.
EN BREF — Capitale : Hautrive, sur la grève du Grand Miroir (rive sud-ouest) · Géographie : royaume de forêts tempérées, de landes et d'une mer intérieure d'eau douce (le Grand Miroir, ~300 lieues d'un bord à l'autre) ; au sud, le bois des dryades · Peuple : de souche pseudo-viking, cousins sédentarisés des clans de Hrodinmark · Régime : vieille monarchie féodale, stable ; la maison de Hautrive · Dirigeant : le roi Renaut de Hautrive · Économie : pêche et batellerie du Grand Miroir, bois et fourrures des forêts, laine et tourbe des landes ; une marine d'eau douce · Foi : panthéon classique, sur un vieux fond de culte des ancêtres ; respect prudent des vieilles puissances de la forêt · Relations : commerce et rivalité avec le royaume de l'autre rive ; gardien des vieux pactes avec le bois des dryades ; voisin des Conclaves · Renommée : le Grand Miroir et ses flottes, un royaume stable et accueillant, ses chevaliers de la rive ; la bibliothèque royale de Hautrive, la plus fournie du continent sur les fées et les vieilles voies · Accroche : un passage à négocier sur le Grand Miroir, une affaire de cour à Hautrive, une lisière de la Vallée à apaiser, une tension qui monte avec l'autre rive, un pèlerinage à l'île sacrée, une recherche dans la bibliothèque de Hautrive sur les fées ou les vieux cultes.
