Yrmfell, la montagne des orcs
Au centre-ouest du continent, entre les cités-mages de Sarn à l'ouest et les terres de la Flamme d'Aurane au sud et à l'est, se soulève un immense pays de hauteurs que nul royaume n'a jamais tenu : Yrmfell. Ce n'est pas un pic, mais une montagne-monde — tout un dédale de hauteurs, de crêtes et de vallées sauvages qui monte des forêts tièdes du sud aux neiges éternelles des cimes, coupé de torrents, de pierriers et de cols où le vent hurle. Les basses terres lui donnent un autre nom, plus simple et plus craint : la montagne des orcs. Car c'est ici, plus que partout ailleurs sur Ostrevan, que vivent les orcs et les gobelins — leur cœur, leur source et leur foyer.
On dit qu'il y a des orcs partout sur le continent : une bande dans chaque forêt profonde, un repaire dans chaque ruine, des pillards à la lisière de chaque marche. C'est vrai — mais ce ne sont que des ruisseaux, et Yrmfell est la mer d'où ils s'échappent. Sur ses pentes grouille un peuple sans nombre, étagé du haut en bas de la montagne : aux cimes froides, les grands clans orcs, durs comme le gel, qui se mesurent à la hache et au sang ; plus bas, sous le couvert des forêts, les warrens gobelins — petits, innombrables et fourbes, qui pullulent là où les orcs dédaignent de vivre ; et çà et là, les grandes brutes que les tribus traînent à la guerre comme on mène des béliers. Tout cela ne forme pas un peuple, mais cent — cent tribus qui se haïssent presque autant qu'elles haïssent le reste du monde.
Car les tribus de Yrmfell ne s'aiment pas. Elles se disputent les cols, les filons, les chasses et les vieilles rancunes, et brûlent plus de fureur à se déchirer entre elles qu'à fondre sur les basses terres. Quand elles en descendent tout de même — et elles en descendent —, c'est par bandes : razzias sur les troupeaux d'Eäraloth, coups de main sur les marges de la Flamme, embuscades sur les routes des Conclaves, descentes sur les hauts forts de Karn-Vorr. Le pillard de Yrmfell est la terreur ordinaire de tout le centre du continent. Mais jamais ils ne viennent en masse, jamais sous une seule bannière ; et les royaumes d'en bas, qui le savent, remercient les dieux chaque matin que les orcs se détestent entre eux plus que tout — car une Yrmfell unie, nul n'ose y penser. Pour le reste, on s'en arrange : il n'est pas rare qu'un seigneur des basses terres achète, contre de l'or et du fer, le bras d'un clan brouillé avec les siens, et plus d'une guerre humaine s'est gagnée avec des orcs de Yrmfell dans les deux camps.
Les basses terres ne voient là qu'un chaos de brutes ; il y a pourtant un ordre sous la fureur. Les orcs honorent la force, les ancêtres et les esprits durs de la montagne ; ils tiennent leurs serments de sang, comptent leurs morts et leurs hauts faits, et règlent leurs querelles par des duels et des joutes dont nul étranger ne saisit les règles. Et au cœur de Yrmfell se dresse leur plus grand trophée : une antique forteresse naine, creusée dans la montagne en un âge oublié, que les orcs ont prise d'assaut voici des siècles et n'ont jamais lâchée. Dans sa grande halle, ils ont planté un siège d'ossements — le Trône d'Os —, et qui s'y assied est le plus fort d'entre eux : tenir la forteresse, c'est être, pour une saison, ce qui ressemble le plus à un roi en Yrmfell. Aussi les tribus se la disputent-elles sans fin, car qui tient le Trône d'Os tient le cœur de la montagne — et ce que les basses terres ignorent, c'est tout ce que ces vieilles murailles naines gardent encore.
De tous ses voisins, c'est la Flamme Droite qui hait le plus Yrmfell : pour l'Hégémonie, les orcs sont la souillure faite peuple, une vermine impie à brûler de la terre, et la croisade rêve tout haut du jour où elle montera purifier la montagne — quand elle en aura fini de l'est. Les Conclaves de Sarn, sur le flanc ouest, préfèrent murer leurs routes et étudier la montagne de loin ; Eäraloth et Karn-Vorr en gardent les marches l'arme au pied ; et même les orcs, dit-on, ne montent jamais dans la vallée des géants voisine, dont les maîtres de pierre tuent qui les dérange. Quant à Yrmfell, elle vit son éternel présent de feudes et de razzias — sauf qu'à chaque génération un chef se lève qui rêve du Trône d'Os, rassemble quelques tribus, fait trembler un instant les basses terres, et finit la gorge ouverte par un rival avant d'avoir uni les autres. Jusqu'ici, toujours.
EN BREF — Lieu : Yrmfell, immense pays de hauteurs au centre-ouest du continent (entre les Conclaves de Sarn à l'ouest, l'Hégémonie d'Aurane au sud et à l'est, Eäraloth et la Vallée des Géants au nord, Karn-Vorr au nord-est ; un peu de côte à l'ouest) · Géographie : montagne-monde de monts, de crêtes et de vallées sauvages — neiges éternelles aux cimes, forêts et landes sur les pentes, broussaille tiède au sud · Nature : nul État — un foisonnement de tribus orcs (les cimes) et de warrens gobelins (les forêts), plus les grandes brutes ; le cœur et la source des orcs d'Ostrevan · Renommée : la montagne des orcs ; ses pillards, ses feudes sans fin, le Trône d'Os — siège du plus fort, au cœur d'une forteresse naine conquise · Relations : terreur des basses terres mais jamais unie ; haïe et convoitée par la croisade de la Flamme (souillure à purger) ; surveillée par les Conclaves, Eäraloth, Karn-Vorr ; fournit des bandes mercenaires ; évite la Vallée des Géants · Accroche : une razzia à repousser ou à mener, un clan orc à louer, un convoi à faire passer la montagne, un chef qui rassemble les tribus et lorgne le Trône d'Os, une expédition dans les hauteurs vers un filon, une ruine ou une tribu — et le trésor scellé que les orcs gardent au cœur de la montagne, que nul non-orc n'a jamais atteint.
